Le biologiste Maxime Schwartz : "Louis Pasteur est le premier scientifique à cultiver des microbes"

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En ce bicentenaire de la naissance de Louis Pasteur, le 27 décembre 1822, l’ancien directeur général de l’Institut Pasteur nous raconte le plus célèbre des savants français dans un livre : “Pasteur, l’homme et le savant”.

Au-delà du vaccin contre la rage, Louis Pasteur a révolutionné la science dans de nombreux autres domaines…

Physico-chimiste, et non pas médecin comme on le croit parfois, il a jeté les bases de plusieurs disciplines majeures : en chimie, il découvre en 1848 que le tartrate au fond des cuves à vin peut exister sous deux formes dissymétriques et que l’interaction de ces molécules dépend de leur forme, c’est le début de la stéréochimie, la base de la biologie moléculaire.

En 1858, grâce à ses travaux sur la fermentation, il fonde littéralement la microbiologie en étant le premier à cultiver des microbes. Depuis deux siècles, on connaissait leur existence, mais on les considérait comme une curiosité de laboratoire. Pasteur a montré leur importance et leur omniprésence dans l’air.

Et puis, bien sûr, c’est lui qui donne l’impulsion à l’immunologie avec ses travaux sur les vaccins, d’abord pour le charbon du mouton et le choléra des poules.

On lui doit aussi une révolution dans l’industrie agroalimentaire…

Effectivement, c’est en étudiant, à la demande de Napoléon III, les maladies du vin qui perturbaient le commerce français que Pasteur a inventé la pasteurisation en 1863. On savait de façon empirique que du vin chauffé se conservait mieux, mais Pasteur a donné une logique à cette étape de chauffage : la destruction des micro-organismes qui altéraient le produit.

C’est lui aussi qui a démontré le rôle des micro-organismes dans la fermentation d’aliments comme le pain, le fromage, le yaourt… et prouvé que chaque fermentation est due à un micro-organisme spécifique. À partir de là, on a pu sélectionner les ferments, et surtout les contrôler.

La grande force de Pasteur, c’était son talent de communicateur hors pair. Il savait convaincre et il a su montrer qu’il n’y avait pas “deux sciences”, la fondamentale et l’appliquée, mais une seule.

Qui était l’homme derrière le savant ?

Sa réussite, il la doit au milieu de tanneurs francs-comtois très combatif dans lequel il a été élevé. Son père le rêvait professeur au lycée d’Arbois mais lui se voyait plutôt peintre – il était d’ailleurs un pastelliste de grand talent. Vers l’âge de 20 ans, il comprend qu’“avec la science, (il) peut s’élever au-dessus des autres” et il entre à l’École normale.

À partir de là, il ne fera plus que travailler. Sérieux, parfois dur et intransigeant dans son métier, il était très gai et décontracté dans le cercle familial. Il a connu beaucoup de chagrins dans sa vie personnelle : il a perdu trois de ses cinq enfants de maladies.

46 ans, il est frappé par un AVC. Il frôle la mort et restera définitivement hémiplégique du côté gauche, ce qui ne l’empêchera pas de réaliser ses plus grandes découvertes dans les années qui suivent.

Le principal tribut que l’humanité doit à Pasteur, dites-vous, c’est peut-être le développement de l’hygiène.

L’hygiène, en partie instinctive, existait bien avant Pasteur, mais elle a connu un incroyable développement dès lors qu’on a compris le rôle des microbes comme cause de maladies.

Pasteur lui a donné sa base rationnelle et scientifique, permettant ainsi son implication dans de nombreux domaines. Il a aussi donné les bases de l’asepsie dans les salles d’opération en 1878. On sait qu’il pratiquait déjà à sa façon les gestes barrière, car il évitait de serrer les mains des gens qu’il rencontrait.

D’autres ouvrages pour le bicentenaire de sa naissance

Comment résumer la vie et l’œuvre de Louis Pasteur (1822- 1895) tant l’humanité lui est redevable de ses découvertes et de ses travaux ?

En cette année de bicentenaire de sa naissance, nombreux sont les ouvrages à lui rendre hommage.

Notons le formidable Une journée particulière du Professeur Pasteur, signé Patrice Debré (Ed. Flammarion), petit-fils de Robert Debré et professeur d’immunologie à Sorbonne Université, qui, au prix d’un important travail d’archives, met en scène Louis Pasteur, le 6 juillet 1885, date de la première vaccination contre la rage sur le jeune Joseph Meister.

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